Récit d’une première sortie dehors en maternelle

Enseignante en maternelle à Châlons-en-Champagne, Delia pratique la classe dehors depuis la rentrée 2021 et nous partage l’expérience de sa première sortie.

Illustrations Charlotte Vuarchex

Bonjour, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Delia Gobert et je suis enseignante en maternelle (PS, MS, GS). J’enseigne à Châlons-en-Champagne, dans la Marne. Je fais aussi partie de l’AGEEM dans laquelle je suis active. J’ai notamment participé à l’organisation du congrès national d’Epernay en juin 2021.

Qu’est ce qui vous a décidée à vous lancer ? Quel a été le déclic ?

J’ai eu envie de me lancer en observant à quel point les enfants se sentent bien dehors mais aussi parce qu’il s’y passe plein de choses utiles d’un point de vue pédagogique. Le confinement m’a donné encore plus envie de sortir. Je suis enseignante dans un quartier où beaucoup de mes élèves sont défavorisés. Ils vivent en immeuble et n’ont que très peu l’occasion de sortir. J’avais commencé il y a 2 ans, une fois de temps en temps, cette année ce sera une fois par semaine.

J’ai été influencée par Christèle Ferjou, ses vidéos, son livre avec Moïna Fauchier Delavigne et par des rencontres. Avant tout, j’avance dans mes réflexions en échangeant avec les autres. L’année dernière, dans le cadre de la préparation du congrès d’Epernay de l’AGEEM qui portait sur les espaces, nous avons monté un groupe de travail “enseigner ailleurs”. Il réunissait des professeurs de la Marne, de la Haute-Marne, de l’Aube et des Ardennes à différents niveaux. Certains avaient déjà commencé, d’autres pas. On se réunissait tous les 15 jours en visio et ce sont ces échanges entre pairs qui ont fait déclic.

Comment l’avez-vous préparé ?

Sur le plan pédagogique cet été, je me suis documentée, j’ai réfléchi à comment je voulais organiser ma classe dehors, comme pour tout enseignement à l’école.

Concernant les parents, j’ai échangé au préalable avec des collègues pour savoir quoi aborder et comment les prévenir. J’ai eu la chance de faire ma réunion de rentrée avant de sortir. De la pluie était annoncée, ce qui pouvait faire peur. J’ai donc pris le temps de leur expliquer ce qu’on allait faire, quels étaient les objectifs, les avantages, ce qu’on allait demander – une tenue de pluie et un change.

Les enfants, je ne leur en ai pas trop parlé, ils voient juste sur le calendrier qu’on y va chaque vendredi. Je voulais qu’ils découvrent. C’est la façon dont je vois la classe dehors, un changement de posture de l’enseignant en partant des observations des enfants et de leurs réactions. Je ne voulais donc pas trop leur en dire. Ils savaient juste que nous irions au “Jar”, le parc à côté de l’école.

Qui vous a aidé dans la préparation ?

Les collègues du groupe de travail de l’AGEEM qui avaient déjà pratiqué la classe dehors m’ont soutenue. Au sein de mon école, pour le moment je suis la seule à pratiquer, j’espère semer des graines qui donneront envie à mes collègues de se lancer à l’avenir.

Quel lieu investissez-vous pour la classe dehors?

Nous irons dans un parc public à côté de l’école tous les vendredis matin puis dans un jardin potager à partir de Janvier 2022.

Votre commune a-t-elle été facilitante ?

Dans le parc que nous occupons actuellement – et qui sera inondé à partir de janvier – on ne peut pas creuser, les enfants ne peuvent pas monter aux arbres. Je me suis donc tournée vers la mairie qui possède des petits parcs clôturés, les “jars potagers”, qui ne sont pas tous des potagers. Ils sont mis à disposition d’associations. Une d’elle a accepté de le partager avec nous : la mission locale qui travaille avec des jeunes en difficulté scolaire. Je l’aurai le vendredi matin et je m’attends à ce que des projets entre mes maternelles, les collégiens et lycéens de la mission locale émergent.

Pouvez-vous décrire le déroulement de votre première sortie ?

Je vais décrire ce qui était prévu puis ce qui a été vécu puisque cela a été un peu modifié.

Nous avons d’abord un court temps de déplacement sur lequel j’effectuerai un travail spécifique dans l’année. Comme c’était la première fois que nous allions au parc, nous avons fait tout le tour du parc et marqué les limites. Après, il y a eu un temps de jeu libre parce que d’après ce que j’ai entendu, lu, ce temps est important pour la découverte et la créativité. Ensuite, j’avais prévu un regroupement. On y raconte ce qu’on a fait, chacun met en avant ce qu’il a vu, ce qu’il a véçu, ce qu’il a aimé, pas aimé. J’avais également prévu un petit goûter qu’on ne fait pas d’habitude en classe mais là, les élèves courent beaucoup. Puis nous avons fait une chanson, de la poésie, une lecture d’histoire, comme à chaque séance. J’avais ensuite prévu des activités plus dirigées mais à cause de la pluie – deux enfants ont beaucoup joué dans l’eau, étaient mal équipés et commençaient à avoir froid – nous avous écourté la séance et nous sommes rentrés.

Toutes les séances se passeront avec un temps de jeu libre, un regroupement, des ateliers plus ou moins dirigés et un dernier regroupement avant de revenir à l’école.

Qu’est ce que vous appréhendiez le plus avant la première sortie ?

J’appréhendais plutôt la réaction des parents. On est sortis le vendredi, je leur ai annoncé le lundi. Il n’y a eu aucune réaction négative. Plus on avancait dans la semaine, plus le temps se couvrait, je redoutais donc aussi la météo. J’ai échangé avec les collègues qui m’ont rassurée et puis je ne voulais pas annuler la première séance, au risque de décrédibiliser la démarche auprès des parents. De plus, les enfants étaient impatients. Je me questionnais un peu sur ce qui allait se passer et c’est là qu’il y a un changement de posture de l’enseignant, on doit réagir sur le vif et même s’il y a des imprévus, en fin de compte il s’est passé tellement de choses que je n’ai plus cette crainte pour les prochaines fois.

Comment avez vous trouvé les élèves ?

Entre eux, je m’y attendais, les enfants n’avaient qu’une envie : courir, s’amuser, sauter dans les flaques d’eau, faire leurs propres observations. La séance a commencé par dix minutes où tout le monde s’est lâché, a couru, crié et puis après les élèves se sont posés. Là j’ai été étonnée et très contente de voir que des binômes se sont créés alors qu’ils ne s’étaient pas créés en classe. Ils ont eu besoin de s’entraider. Il y a un petit pont qui nécessite de passer par un chemin boueux. Des petits ont aidé des grands, des grands qui ne s’étaient pas encore parlé se sont associés. J’ai vraiment vu de l’entraide. Aucune dispute, aucune bagarre. Certains ont joué au policier, sans que cela entraîne de violence. Alors que dans la cour de récréation, lorsqu’ils jouent, il y a toujours un moment où il est nécessaire d’intervenir.

Vis-à-vis de moi, comme en classe, certains sont venus me voir car ils avaient besoin de me montrer et de partager, d’autres non. En revanche, j’ai constaté que malgré la présence d’accompagnateurs, je restais le pilier central, les enfants tournent autour de moi et ne s’éloignent pas trop.
Il y avait une mare avec des poissons, nous sommes allés les voir ensemble, ils n’y sont pas allés d’eux-mêmes. Il s’agissait de notre première séance. Nous verrons l’évolution de leur comportement dans quelques semaines quand ils se seront approprié le lieu et en auront vu les limites.

À l’égard de la nature, ils ont été très respectueux. On avait mis en avant qu’il ne fallait pas cueillir, que s’il y avait des fleurs, on avait le droit de regarder, que je pouvais les prendre en photo. On a commencé à voir les déchets, notamment des briques de jus d’orange, on a commencé à en parler en se disant qu’il serait bien d’avoir un sac poubelle pour en ramasser la prochaine fois.

Des réactions vous ont-elles surprises ?

Oui, l’entraide sur les moments physiques. Il y a aussi eu quelques incompréhensions. Par exemple, un élève observe l’ombre d’une feuille qui flotte dans une flaque et un camarade arrive et saute dedans. Celui à 10cm du sol était trempé. Mais cela s’est vite régulé, il y avait tellement de flaques qu’ils se sont auto-organisés. Il y a eu des réactions et réflexions très intéressantes sur le langage (flotte/coule ; profond/pas profond). J’étais davantage une observatrice, les enfants faisaient entre eux l’émission d’hypothèse – je teste, je vérifie, ça va, ça ne va pas.

À quelle fréquence prévoyez-vous d’aller dehors et combien de temps ?

J’irai dehors tous les vendredis matin. Le but est d’y aller tout au long de l’année pour voir l’évolution de la nature et de leurs réactions.

Que pensez-vous de l’initiative classe-dehors.org ? Y avez-vous déjà contribué ? Comment la faire évoluer pour qu’elle soit plus utile ?

Oui ! Je prévois de partager des ressources pédagogiques. J’aimerais aussi partager les questions que je me pose chaque mois. Par exemple, aller dehors, oui. Mais quels liens avec les activités dans la classe ?

Quel conseil donneriez-vous à un.e enseignant.e qui aimerait se lancer ?

Osez ! Lâchez prise. Ce n’est pas évident, sur les premières séances on peut avoir l’impression que ce n’est qu’un temps de récréation. En tant qu’enseignant si on lâche prise, si on laisse jouer et qu’on prend des notes, il va se passer des choses qu’on va pouvoir reprendre après. Il faut prendre le temps, comme en classe, ce n’est pas en deux séances que tout se joue.

Propos recueillis par Benjamin Gentils

Congrès Andev 2021 : témoignage de Sophie Boulan et Laure Talneau Mary, Nantes

À la rencontre des acteurs de l’éducation dans les collectivités au congrès de l’Andev 2021. Dernier volet avec Sophie Boulan, chargée de l’animation du projet éducatif de territoire, et Laure Talneau Mary, responsable de la mission projet éducatif au sein de la Direction Éducation de la ville de Nantes.

Pourriez-vous vous présenter ?

  • Sophie : Je suis Sophie Boulan, je travaille au sein de la direction éducation de la ville de Nantes. J’y suis chargée de l’animation du projet éducatif de territoire.
  • Laure : Je suis Laure Talneau Mary, responsable de la mission projet éducatif à la direction éducation de la ville de Nantes.

Qu’attendez-vous de l’Andev ? Quelle est votre contribution ?

  • Laure : J’assiste à mon premier congrès de l’Andev et je viens d’intégrer la commission permanente. J’espère y échanger, y trouver du partage d’expérience. J’aimerais pouvoir y mettre en commun des ressources puisque, quelles que soient la taille et la nature des territoires où l’on intervient, nous avons en commun de nombreuses problématiques du quotidien.
  • Sophie : J’ai récemment pris mes fonctions. J’attends de l’Andev de pouvoir accéder aux expériences d’autres collectivités de taille comparable sur le volet animation des politiques éducatives.

Qu’aimeriez-vous partager et mutualiser d’avantage avec des collègues d’autres communes ?

  • Laure : Certains collègues pointent que l’on réinvente trop souvent des projets déjà menés ailleurs. Avoir des ressources partagées, se servir, les adapter à nos contextes, à nos territoires, à nos configurations et contribuer en retour serait un gain de temps pour toutes et tous.
  • Sophie : Je connais encore peu l’ANDEV. Mais globalement, je dirais : tout ce qui concerne l’évaluation. Comment évalue-t-on les démarches, les politiques éducatives ?

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de vos fonctions ?

  • Laure : Libérer du temps de mes collègues sur le terrain qui sont happé.e.s par le quotidien et les urgences. Nous avons besoin de temps ensemble pour travailler sur le projet éducatif et les collaborations transversales. Entre les protocoles sanitaires à appliquer et l’épuisement des agents, qu’ils soient animateurs, des Atsem, ce travail est difficile à mener.
  • Sophie : Les urgences du quotidien nous empêchent de réfléchir à des sujets plus exploratoires mais tout autant essentiels. Pour former, pour faire de la concertation avec les agents, il faut sortir les équipes de leur classe, de leur groupe d’enfants et donc trouver du temps.

Y a-t-il une action particulière que vous souhaiteriez nous faire partager ?

  • Sophie : Malgré une année 2021 compliquée au regard du contexte, nous avons pu organiser une journée de rencontres en ligne entre tous les acteurs locaux de la classe dehors pour accompagner ensemble les enseignantes et les enseignants qui se lancent.

Propos recueillis par Benjamin Gentils.

Congrès Andev 2021 : témoignage de Nathalie Noulette, Strasbourg

À la rencontre des acteurs de l’éducation dans les collectivités au congrès de l’Andev 2021. Troisième volet avec Nathalie Noulette, responsable éducatif à la direction de l’enfance et de l’éducation de la Ville de Strasbourg.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Nathalie Noulette et je travaille à la direction de l’enfance et de l’éducation de la Ville de Strasbourg. Je suis responsable éducatif du quartier de Meinau Neuhof, l’un des six quartiers de la ville où j’ai la charge du périscolaire. En parallèle, je suis responsable des agents : Atsem, animateurs et accompagnateurs vacataires. Ces derniers accompagnent les enfants sur la pause méridienne et sur les temps périscolaires à la garderie et dans les accueils de loisirs municipaux.

Qu’attendez-vous de l’Andev ? Quelle est votre contribution ?

Je viens partager des réflexions avec des collègues et pour les asseoir avec des notions théoriques lors des conférences. Je viens saisir des concepts, attraper des dispositifs avant de les partager avec mes équipes. Je viens également pour participer à l’animation de l’association. Je trouve ma place dans cet engagement complémentaire à mon poste dans lequel j’anime des ateliers et des groupes de travail en lien avec la petite enfance.

Qu’aimeriez-vous partager et mutualiser d’avantage avec des collègues d’autres communes ?

Je serais intéressée par le fait de bénéficier d’un espace dans lequel nous pourrions capitaliser sur nos expériences. Pouvoir retracer les projets à mesure qu’ils se développent. Il s’agirait finalement de prolonger ce qui est abordé lors des congrès. Aujourd’hui, cela disparait d’une année sur l’autre et on ne se requestionne pas malgré la publication d’actes. J’aimerais qu’il soit possible de s’inspirer et de se nourrir plus régulièrement des actions menées dans les autres communes. De ce fait, en démarrant une expérience sur notre territoire, nous aurions la capacité de nous réapproprier, d’affiner et d’apprendre des erreurs de mise en œuvre d’un projet similaire ailleurs.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de vos fonctions ?

Le vrai blocage, c’est la question du temps. Les activités n’ont pas cessé avec la pandémie, les personnels sont fatigués, le lien humain et social s’est distendu. Sur les questions scolaires et périscolaires, en ce moment on galère. Cette question du temps et des priorités nous empêche d’avancer sur les sujets de réflexion et de travail en lien avec d’autres acteurs. Je suis focalisée sur la gestion des urgences.

Que retenez-vous de la première journée de congrès ?

On ne devient pas écologiste en achetant une voiture électrique et les éco-gestes ne suffiront pas à sauver la planète !

Propos recueillis par Benjamin Gentils.

Congrès Andev 2021 : témoignage de Agnès Faivre, Poitiers

À la rencontre des acteurs de l’éducation dans les collectivités au congrès de l’Andev 2021. Deuxième volet avec Agnès Faivre, Directrice du service éducation de la Ville de Poitiers.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis Agnès Faivre, directrice du service éducation de la ville de Poitiers, en poste depuis le 1er octobre 2020. Je gère une direction de près de 600 agents qui s’occupent au quotidien d’accueillir des enfants sur les temps scolaires, en lien avec l’Education Nationale, et périscolaires.

Qu’attendez-vous de l’Andev ?

J’attends de l’Andev une forme d’analyse de pratiques. Nous sommes sur des métiers très contraignants en termes d’urgences. Nous sommes quotidiennement dans la réactivité et l’adaptabilité, certes nécessaires sur nos missions, mais nos postes nécessitent aussi une certaine prise de recul sur beaucoup de sujets éducatifs. J’attends aussi de disposer de ressources documentaires et réglementaires ; les textes bougent sans cesse dans l’éducation.

Qu’aimeriez-vous partager et mutualiser davantage avec des collègues d’autres communes ?

Je souhaiterais profiter de partages d’expériences, réussies ou non, avoir leur avis, pouvoir tester et expérimenter des projets communs. Voire même mener ensemble des projets et les évaluer de manière régulière.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de vos fonctions ?

Il y a une fatigue des personnels du fait de la crise sanitaire. On doit prendre le temps d’écouter les agents mais aussi d’embarquer les équipes sur un projet global construit collectivement. Cela nécessite l’apport de nouvelles compétences et un appui technique pour mobiliser les agents sur les enjeux de demain et adopter une forme de résilience face à la crise écologique.

Propos recueillis par Benjamin Gentils